TIMBRES DU MONDE ENTIER / STAMP FROM AROUND THE WORLD

Premier timbre empire Chinois

LA PREMIERE EMISSION DE L'EMPIRE DE CHINE :

LE GRAND DRAGON

Ces timbres ont été émis en 1878 par le Département de la Statistique des Douanes maritimes impériales à Shanghai.

Pourquoi le Service des Douanes était-il concerné dans cette affaire, alors qu'il existait, bien sûr, depuis des siècles, divers systèmes de transport du courrier à travers la Chine? Principalement le système I-Chanpour le courrier officiel, et le système Min Hsin Chu (en abrégé Min Chu) pour le trafic public. Pour simplifier, nous dirons seulement que, sous l'impulsion d'un anglais, Sir Robert Hart, le Service des Douanes, première manifestation de l'effort de modernisation de l'état chinois, avait pris une importance croissante en divers domaines, y compris la création à Shanghai d'un grand atelier d'imprimerie. Il disposait d'autre part de son propre service postal interne, et il était donc naturel que le gouvernement le charge d'étendre ce service en l'ouvrant au public (l'idée de Robert Hart était la création d'une véritable Poste nationale chinoise, destinée à remplacer à la longue à la fois les postes I-ChanMin Chu, et le système local de Shanghai.)

Diverses maquettes de timbres-poste furent Proposées, dont la dernière série représentait un éléphant, une pagode et un dragon. Seul ce dernier fut retenu, le dragon étant fort populaire en Chine, dont il étaitl'emblème national depuis plus de 2000 ans.

L'émission comprend trois valeurs, les 1, 3 et 5 candarins (ce qui correspondait dans le tarif en vigueur au tarif du port des imprimés, de la lettre intérieure simple et de la lettre recommandée, il faut noter que les dessins en sont légèrement différents, surtout le 3 c. des deux autres. Les différences portent sur de nombreux détails notamment aux nageoires de la partie postérieure des pattes.

Les deux caractères chinois dans les angles supérieurs, " Dah Ching "lus de droite à gauche, signifient " Grande Dynastie Ching " - régnante en ce temps là.

Dans le panneau droit, " Yu Cheng Chu " lus de haut en bas signifient " Service des Postes ", alors que les trois caractères de gauche indiquent la valeur : le premier est le nombre repris en chiffres arabes dans les coins inférieurs, le second " Fen " = " Candarin " et le troisième " Yin ", " argent "   (100 candarins = 1 Taël d'argent = 1 once chinoised'argent fin).

 


Le dessin central représenteLungle dragon des airs aux cinq griffes (il y a encore d'autres races de dragons Lile dragon de la mer , Kiau ,le dragon des marais), mais il s'agit bien ici de Lung, qui s'enroule autour de la " perle qui brille dans la nuit" aux propriétés merveilleuseset dont Ila la garde.

Les espèces de branches fourchues qui sortent de chaque côté de la perle sont censées figurer des rayons de la lumière qu'elle émet!

Les volutes des angles supérieurs et l'ornement à droite du dragon sont les nuages dans lesquels il vit, alors qu'en dessous de lui des ondulations figurent les vagues de la mer qu'il domine et où sont disséminées des perles (les 4 ou 5 petits cercles près des pattes.)

 


Il faut signaler ici que le dessin original comportait, à peu près à mi-chemin entre la perle supérieure gauche et le pouce de la serre gauche, une perle supplémentaire qui fut éliminée par grattage de chaque cliché avant le premier tirage définitif. On peut en distinguer la trace sur certains clichés, sous forme d'un ou plusieurs points très ténus Il s'agissait là d'une mesure de sécurité, tenue secrète, afin d'éviter un emploi frauduleux au cas où des clichés auraient été volés pendant leur transport à l'imprimerie. Quelques épreuves, très rares, ont été tirées avant leur élimination

Les premiers tirages furent effectués en feuilles de 25 (5 x 5) au moyen de planches constituées de clichés indépendants bloqués ensemble dans un cadre d'acier. Les clichés pouvaient être démontés entre les tirages, pour leur nettoyage ou toute autre raison, et ils étaient ensuite remontés dans un ordre quelconque Comme chaque cliché est identifiable par de petites particularités il est possible de reconstituer tout ou partie des différents arrangements d'impression successives de chaque valeur, en se servant des paires et blocs disponibles. Cette mobilité des clichés permit de plus, au fur et à mesure de leur usure - ils étaient faits de cuivre tendre - le retrait des plus usés, les planches se réduisant alors à 20 ou même 15 timbres. En effet, il n'existait pas de cliché de rechange, sauf un seul du 3 c., et on ne connaît donc que 76 clichés différents. Les unités écartées n'étaient d'ailleurs pas condamnées pour autant, et pouvaient reprendre du service ultérieurement. Les derniers tirages, surtout du 3 c., valeur la plus utilisée, étaient en fait très défectueux, et nécessitaient d'urgence une nouvelle émission.

Le procédé d'impression était la typographie, et plusieurs qualités de papiers et d'encres furent utilisées. La dentelure était uniformément de 12½, mais elle était grossière à certaines périodes, lorsque les aiguilles de la machine à perforer avaient besoin d'être remplacées ou réaffutées. C'est probablement pour ne pas interrompre la production que la machine fut alors, à plusieurs reprises, provisoirement équipée d'un autre jeu d'aiguilles, de diamètre nettement plus fort. Alors que dans la dentelure courante les dents et les trous sont à peu près de même largeur, dans la dentelure à grands trous, assez rare, ces derniers ont une largeur double environ de celle des dents, qui paraissent très pointues.

Le papier est gommé, avec une gomme claire de très bonne qualité, qui n'a Pratiquement pas vieilli depuis un siècle.

L'émission peut se subdiviser en trois parties nettement distinctes .

On peut rechercher pour les trois timbres de cette série les différentes nuances de couleur

 
  
 



  
 

octobre 1878 : Sur papier mince et transparent,

espacement entre les clichés environ 2½ mm, feuilles de 25.

1 c., vert très pâle à très foncé, vert jaune

3 c., rouge brun (nuances), vermillon

5 c., orange, jaune, ocre

juin 1882 : Sur papier mince et transparent pour les 1 et 3c.,très mince (pelure) pour le 5 c.

Espacement environ 4½ mm : grandes marges.

Feuilles de 25, sauf 15 (3 x 5) pour le 3 c.

1 c., vert pâle à vert foncé

3 c., rouge brun (nuances)
5 c., ocre jaune, bistre
 
 

A noter deux cachets sigillaires : ci-dessus à droite : PEKIN , ci-dessous : CHEFOO

 Les 1 et 3 c. peuvent être trouvés sur papier avec fragments d'un grand filigrane, probablement la marque du fabricant (lettres de 17 mm de hauteur). Le 1 c. existe aussi sur papier plus épais. 
  
 

 
  
 

mars 1883 : Papier plus épais et surtout nettement plus opaque,

espacement environ 3 mm, feuilles de 20 (5 x 4).

Dentelure nette au début puis grossière, impression de plus en plus défectueuse.

1 c., vert, vert amande

3 c., rouge brun (nuances), rouge pâle, vermillon, brun rouge

5 c., jaune de chrome, jaune citron


Les exemplaires non dentelés proviennent tous d'épreuves ou de mises en train et on les trouve donc toujours neufs. Il existe toutefois quelques paires verticales dentelées avec intervalle non dentelé, provenant d'un mauvais fonctionnement de la machine à piquer, et qui ont servi postalement; elles sont rarissimes.

Un haut fonctionnaire européen des postes chinoises, J. Mencarini, ayant retrouvé en 1905 quelques clichés du Grand Dragon, en fit faire un tirage spécial en blocs de 4, en bleu noir, non dentelés.

Des épreuves en noir existent, dentelés et non dentelés. Une impression spéciale en noir aurait été faite pour l'illustration de l'ouvrage de Mencarini- sur les postes chinoises.

Enfin les timbres imprimés sur papier jaunâtre très épais sont en réalité des vignettes destinées a l'identification des envois vers les Provinces. Elles étaient collées sur le rabat des enveloppes contenant les feuilles, ou sur les emballages. Les 1 et 5 c. sont très rares.


Les variétés de cases dues aux clichés différents sont parfois spectaculaires et très recherchées. Chacun des clichés est cependant aussi rare que ses 75 frères, et présente autant d'intérêt pour le spécialiste en vue du planchage.

Voici quelques unes de ces variétés, certaines ne se rencontrent que sur une partie des tirages:

1 c. cadre inférieur brisé sous C de CANDARIN idem sous le 1 de droite , coin supérieur gauche brisé

3 c. arc de cercle (d'origine incertaine: cheville?) doublant la face droite du carré du 3 de gauche cadre inférieur épaissi en fuseau au centre impression défectueuse des griffes, coin inférieur gauche : pas de barre à E de CHINA

cadre supérieur brisé à gauche

cadre gauche brisé en haut

5 c. jambe droite du caractère Dah touche le cadre pas de point après CHINA

boucle du 5 droit presque fermé cadre droit brisé vers le bas

Il existe de nombreuses autre variétés de case (en fait chaque cliché est un timbre particulier et identifiable, y compris dans son évolution dans le temps.)

Ci dessous une belle variété "tache à la moustache" que l'on retrouvera plus loin


D'après Mencarini il aurait été tiré:
 
Papier mince +grandes marges
Papier opaque
total
1 candarin
89 011
117 475
206 486
3 candarins
288 828
269 940
558 768
5 candarins
137 865
101 745
239 610
total
515 704
489 160
1 004 864
Il est impossible de départager avec certitude les timbres sur papier mince et ceux à grande marge. On ne peut que faire des estimations, sachant d'une part que ces derniers n'ont été mis en vente que cinq fois moins longtemps environ que les premiers, que d'autre part il restait en juin 1882 des papiers minces à liquider dans certains bureaux de poste. La proportion des durée de vente donnerait grosso modo pour les grandes marges 13 300 du 1 c., 43 300 du 3 c. (mais ce nombre est probablement trop fort) Quant au 5 c., qui est rare,.il ne devrait guère dépasser 5% du (total, soit environ 7.000 (à comparer, quant à la cote, aux 125.000 exemplaires environ du 1 F Cérès vermillon de 1849, de France !).

Ceux qui voudraient creuser la question se reporteront à la bibliographie, mais les ouvrages ne sont pas toujours facile à se procurer. 
  
 



  
 


 
  
 

 
  
 

La collection des timbres "Grands Dragons" est un des aspects les plus passionnants de la collection des timbres chinois, d'autant plus qu'elle ne se limite pas aux timbres : elle permet également de découvrir de très belles oblitérations (et la CHINE en regorge, surtout à cette époque).

Voici un cachet "sigillaire"(en forme de sceau) de PEKIN :

On retrouve la tache à la moustache de tout à l'heure, mais elle s'est agrandie. 
  
 

 A noter qu'il y a relativement peu de FAUX de cette émission, il arrive que l'on en rencontre mais ils sont généralement assez grossiers pour être détectés à l'œil nu. Est ce parce ce que la contrefaçon de documents officiels (et c'en était !) était punie de mort à l'époque impériale?

Quelques faux facilement reconnaissables.

 

 

 



01/12/2011
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